Le billet de Monsieur Cinécruche

Aujourd'hui :
2009, l'année Gérard Butler
Avant-propos de circonstance
En tant que blogueur tellement quelconque que même le site Mauvais Œil veut rien savoir de lui, il m'arrive parfois de maudire ma condition humaine. Bien calé dans mon fauteuil inclinable en cuir de Dimitri et un verre d'eau gazéifiée du choix du Président à la main, je fixe alors béatement, tel un Barton Fink en panne sèche, la plinthe du bas dans le corridor en espérant naïvement y découvrir, dans son interstice, matière à un éventuel Pulitzer *. Projeté dans une séquence chimérique digne d'un film de Denys Arcand mettant en vedette une vedette, je m'imagine répondant aux cartons de l'animateur avec une désinvolture et une assurance triomphante sous les auspices d'une foule opinant docilement de la tête à chacune de mes spirituelles interventions. Perdu dans mes rêves de grandeur, même le miaulement insistant du chat, pris au piège dans la salle d'eau pour cause de porte fermée, ne peut me ramener à mon insignifiante réalité.
(* Malheureusement pour moi (et indirectement pour vous), une telle démarche artistique a comme résultante, la plupart du temps, un autre sujet à l'intérêt si limité qu'en comparaison directe les capacités intellectuelles de Benoit Brunet font figure de monument.)
Un questionnement légitime
J'en étais donc à faire des ronds avec ma souris quand une de ces questions existentielles dont j'ai breveté le secret incognito assaillit soudainement mon esprit tourmenté : « Est-il possible, en 2009, d'être un véritable cinécruche sans vouer un culte de tous les instants à Gérard Butler et à l'ensemble de son œuvre ? ».
De l'insignifiance des choses
Pour répondre adéquatement à cette question, il est primordial de retourner à la base linguistique du problème. Vous ne le savez pas encore, mais, dans la vie de tous les jours, Gérard Butler ne parle pas avec la voix d'Yves Corbeil. En fait, dans la vie de tous les jours, Gérard Butler parle plutôt avec la voix de Gérard Butler mais avec pas d'accent aigu sur le e. Ou pour être moins clair encore, Gérard Butler parle un peu comme Scotty dans Star Trek mais pas nécessairement avec la voix de Julien Bessette. Vous me suivez ? Bon, je sais que c'est compliqué tout ça. Et à vrai dire, pas vraiment important. Alors, je vous conseille plutôt d'oublier immédiatement l'existence même du présent paragraphe. Si possible. Avant que le choc émotionnel causé par sa révélation inhérente fasse vaciller votre esprit faible et fragile dans une spirale d'aliénation sans fin.
Une année de grands crus
2009 et Gérard Butler donc. En examinant le cortège de "véritables chef-d'œuvres" ™ auxquelles ce dernier a pris part cette même année, poser la question posée à l'avant dernier paragraphe, c'est, à l'évidence, y répondre.
Passant avec une aisance déconcertante de la farce burlesque de La vérité toute crue à la philosophie nietzschéenne de Un honnête citoyen, Gérard "Yé-tu beau ce gars là" Butler nous aura démontré, en 2009, qu'il est de la trempe des grands. Oh, et ai-je besoin de citer l'adrénaline pure de Gamer ? Heureusement pour lui, non. Bref, jamais depuis les beaux jours des immortels Doug McClure et Troy Donahue, la saveur du mois n'aura eu si bon goût. Et quand on sait que McClure et Donahue furent l'inspiration directe de Troy McClure dans les Simpsons, en dire plus serait, au mieux, superflu.
La silence de l'amer
Malgré tout, et malgré le jeu de mot douteux affiché préalablement, la vénérable Académie des arts et des sciences du cinéma reste coite. Confronté à l'incontestabilité des faits, l'Académie - à ne pas confondre avec l'établissement culinaire du même nom - se refuse à rendre, à un homme qui a tant fait pour elle en 2009, un hommage qui aurait sans doute été tout ce qu'il y a de plus vibrant *. Jalousie crasse des élites hollywoodiennes, vous dites ? Encore une autre question rhétorique stérile qui ira se perdre dans les eaux fangeuses des annales du ouèbe.
(* Oui je sais. Ça fait beaucoup de préposition à une lettre établissant une relation syntaxique dans une même phrase. 4 pour être plus exact. Mais si cela vous gêne tant, je vous suggère la prose Ô combien envoûtante de HAL 9000. Vous le méritez bien.)
La conclusion dont vous êtes le héros
Devant tant d'obstination bornée et de mauvaise foi éhontée des instances en fonction, une seule solution s'impose d'elle-même (les autres étant soient trop onéreuses, soient trop illégales) : faire entendre nos voix. Dans sa sagesse infinie, Cinecruche.com a donc mis à la disposition des internautes du monde libre une pétition réclamant que les compétences indéniables et autres attributs à l'avenant de Gérard Butler soient enfin reconnus à leur juste valeur.
Voici l'énoncé de la pétition :
« Considérant l'apport fondamental de Gérard Butler aux avancées techniques dans le domaine de l'abrutissement des masses laborieuses en 2009, nous exigeons de l'Académie des arts et des sciences du cinéma la remise immédiate et sans condition d'un Oscar honorifique au susmentionné pour l'ensemble de son œuvre. »
Maintenant, à vous de jouer.
* * *
Dans un prochain billet, nous examinerons sans doute la prochaine saveur du mois.
Signé Monsieur Cinécruche, génie fondateur.
Vous trouvez que Monsieur Cinécruche écrit comme s'il était éditorialiste au Monde Diplomatique ? Vous trouvez qu'il devrait traduire tout ça en français ? Mentionnez-lui sur notre mur de la haine ou réconfortez-le tout en douceur en enregistrant un commentaire ci-dessous.

3 commentaires

Anonyme a dit…

Genial !

Cinécruche a dit…

Merci cher Anonyme d'apprécier ainsi le style ampoulé du Monde Diplomatique à sa juste valeur. Et n'hésitez pas à partager votre enthousiasme délirant avec vos camarades de travail.

Anonyme a dit…

ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii