Le billet de Monsieur Cinécruche

Aujourd'hui :
Pourquoi je n'irai pas voir Avatar
Avant-propos senti
Comme tout bon satiriste amateur qui se respecte n'ayant pas fréquenté l'École de l'humour, il m'arrive parfois de me faire virtuellement invectiver d'un viril "Ton site internet chose, c'est pas de l'humour satirique de deuxième degré, c'est juste moron". Bien sûr, eussé-je reçu les précieux conseils d'un Peter McLeod sur le subtil art de dérider les masses laborieuses grâce au cours "Philologie kantienne du rire, une perspective" les choses auraient été fort différentes -- eussais-je même été capable, sait-on jamais, de conjuguer comme du monde au conditionnel passé 2ème forme --; mais que voulez-vous, dans mon temps, l'École de l'humour ça existait pas, et la seule école débutant par une majuscule avec laquelle j'avais un semblant d'affinité était celle des fans animé par le sympathique mais néanmoins ambigu Jacques Martin le dimanche après-midi au 99.
Ceci dit, ne tombons pas dans l'amertume grisâtre ni même dans la nostalgie fleur-bleu car tel n'est pas le but du présent billet. Aujourd'hui je désire plutôt vous causer ambivalence. Et pour être plus précis dans mon ambivalence : celle qui concerne mon expectative face à la nouvelle mégalo-production du cinéaste canadien * James Cameron, le si mal nommé Avatar.
(* J'apprécie toujours placer les mots "cinéaste" et "canadien" de façon contiguë dans un texte; car, contrairement aux invectives virtuelles dont je suis la cible, ça arrive pas souvent.)
Un faible echo des Internets
Lorsque j'ai appris, au siècle dernier, le titre du prochain très long-métrage de James Cameron au hasard d'un talkback sur aintitcoolnews, je me suis dit, dans un élan d'enthousiasme bon enfant : "Mince alors, Cameron va porter à l'écran l'incroyable saga des jeux vidéo Ultima; c'est super chouette, c'est extra-fou * !!!".
(* Bon, il se peut que les locutions du terroir employées à l'époque aient quelque peu variées; mais vous voyez le topo.)
Thou art indeed the Avatar
Avatar
Iolo
Shamino
Dupre
Pris d'une ivresse extatique, j'imaginais déjà Arnold Schwarzenegger dans le rôle du célèbre Avatar pourchassant gargouilles et démons dans les forets de Britannia, accompagné dans ses exploits légendaires de ses fidèles compagnons Iolo, Shamino et Dupre (interprétés respectivement dans mon délire par Malcolm McDowell, Mark Hamill et le gars qui jouait Biff dans Back to the Future), sans oublier une apparition très spéciale de John Rhys-Davies dans le rôle de Lord British. L'écume à la bouche et la larme à l'œil, j'entrevoyais, dans ma vision fantasmagorique, les moments d'anthologies et autres morceaux de bravoure qu'une telle superproduction ne manquerait pas de susciter.
Gueule de bois mou
Malheureusement, mon euphorie débridée fit place à une déception certaine doublé d'un désarroi généralisé lorsqu'il apparu évident, au hasard d'un autre talkback plusieurs années plus tard, que le prochain chef-d'œuvre du Maître des Abysses n'aurait strictement rien à voir avec l'univers créé jadis par Richard Garriott un soir de brosse sur son Apple ][.
Un ostensible égo démesuré
Mais non. Au lieu de se baser sur une saga qui a fait ses preuves -- comme en font foi les multiples sites ouèbe administrés par des adolescents de 35 ans lui étant consacrée --, Monsieur Cameron, une fois de plus, a décidé de n'en faire qu'à sa tête. Bien sûr, la réputation de grosse tête enflée du natif de Kapuskasing, Ontario n'est plus à faire dans les cercles concentriques du gratin, mais une telle non-décision a tout de même de quoi laisser pantois.
Le nœud de l'affaire
En lieu et place de ce qui aurait pu -- oserais-je même dire de ce qui aurait dû --, l'auto-proclamé King of the World s'apprête plutôt à nous offrir, si l'on en croit les rumeurs, un insipide conte moral en 3D mettant en vedettes des Schtroumpfs grandeurs nature avec Stephen Lang dans le rôle de Gargamel.
Une occasion manquée, dites-vous ? L'euphémisme est si faible qu'il faudrait probablement le placer sous respirateur artificiel.
Bref, jamais dans ma vie de cinécruche le mot "ambivalence" n'aura-t-il porté si lourdement le poids de sa propre définition (ou quelque chose s'y rapprochant).
D'un côté, j'admire sincèrement Cameron; Billy Zane demeurant pour moi, dans Titanic, la quintessence du méchant hollywoodien dans toute sa splendeur vaudevillesque. De l'autre, la promesse d'une œuvre épique dotée d'images de synthèses cartoonesques digne de Sonic Heroes me laisse, comment dirais-je, de glace.
Une conclusion expéditive
Tel Sissi, me voilà donc face à mon destin, comptant inéluctablement les heures me séparant de l'instant fatidique. Celui où mon fils de 9 ans viendra me demander : "Papa, on peux-tu aller voir Avatar demain ?" et que je lui répondrai, innocemment : "C'est un film 13 ans et plus, mon gars."
Merci Régie du cinéma.
* * *
Mise à jour technique 18 décembre, 2009
Les savants technocrates de la Régie ont finalement décidé de classer Avatar "Visa Général". Messieurs dames de la Régie du cinéma, je vous emmerde.
* * *
Dans un prochain billet, nous examinerons la pertinence d'abaisser considérablement nos attentes concernant l'éventuelle remise d'un Oscar à Gérard Butler pour l'ensemble de son œuvre.
Signé Monsieur Cinécruche, génie fondateur.
Vous trouvez que Monsieur Cinécruche mérite un Pulitzer pour cet admirable texte ? Nous aussi. Plébiscitez-le en enregistrant un commentaire ci-dessous.

2 commentaires

HAL 9000 a dit…

Pulitzer mon cul ! Lis donc la partie "Conseils" si tu veux du vrai reportage.

Cinécruche a dit…

Mon cher HAL 9000, je méprise, de façon individuelle et sans discrimination aucune, chacun de vos circuits dysfonctionnels.