Le billet de Monsieur Cinécruche

Aujourd'hui :
Céline Dion, la femme, la légende
Avant-propos douteux
Céline Dion *. Avec ou sans accent, ce nom seul fait rêver.
De Lund à Dubaï, de Kansas City à Kuala Lumpur, sans oublier un détour impromptu chez Gérard Patate, nul n'ignore le parcours remarquable -- voire même disneyesque -- de la native de Charlemagne, province de Québec.
« L'étoffe euh... que les rêves sont faites de », proclamait le célèbre saltimbanque à la lèvre suturée.
En effet.
(* Personnellement, j'ai toujours éprouvé ** une admiration sans borne pour l'orgueil de l'île Gagnon, à Laval. Et selon une lecture très superficielle des commentaires pondérés suscités par son plus récent documentaire intimiste à forte résonance bressonienne, vous également.)
(** Éprouvé, dans le sens de éprouvant.)
Un recul nécessaire
« Mais, bondance, pourquoi nous entretenir ainsi de ce mélange désarmant de succès mondial et de fausse modestie ? », vous interrogez-vous à mi-voix, en observant simultanément Vancouver 2010 faire ses adieux touchants à cette belle jeunesse du monde entier sur votre téléviseur plasmique 72 pouces spécialement acquis à cet effet.
« On m'avait vaguement laissé sous-entendre qu'on causait cinéma ici. », poursuivez-vous indigné, en regrettant déjà votre dose de Claude Mailhot matinal.
Il va sans dire que je ne serais pas une référence de la blogosphère très crédible si je ne pouvais répondre, du tac au tac, à cette accusation imaginaire d'une utilité, elle-même, pour le moins discutable.
Et bien voici.
Mon père, ce héros
Fuyant naïvement les vicissitudes du monde moderne, je me restaurais récemment, avec ma petite famille, dans un chic établissement 12 étoiles d'inspiration Playtime *. La soirée s'annonçait mémorable, et le serveur fort exécrable, lorsque mon géniteur, qui assistait également à l'évènement, me fit part de sa plus récente découverte cinématographique.
Émule de mon père semant la pagaille dans un chic restaurant du boulevard Saint-Martin.
Voulant sans doute impressionner mon génie fondateur, il se mit en frais de me chanter les louanges -- allez donc savoir pourquoi -- du long-métrage musicographique "Céline, Le film"; un obscur téléfilm de troisième zone, spécifiquement conçu pour le marché évanescent des dépanneurs qui lousent des cassettes.
(* Playtime : film de 1967 qui relate la rencontre sublime du Style international et d'un hurluberlu. Écrit, réalisé et interprété par ce génie incandescent et talent visionnaire rare : Monsieur Hulot.)
Des haillons à la gloire
« Quel grand film ! », m'annonça-t-il fièrement, intimement convaincu de la singularité de sa trouvaille filmique. « Et Céline Dion, quelle grande artiste ! », poursuivit-il gaiement, sans toutefois pouvoir établir un semblant de cause à effet entre les deux énoncés.
« Savais-tu qu'avant Céline, René Angelil a fait faillite au moins 6 fois ? », crut-il notable de me renseigner, en citant au vol la justesse du jeu de Enrico Colantoni (!??) apparemment très crédible dans la peau du plus célèbre des Baronnets; « Presque aussi crédible que Michel Barette dans Rock et Rolland. », précisa-t-il.
« Un très grand film. », emphasa-t-il de nouveau; pour s'assurer que j'eusse bien compris le concept.
Hommage au temps qui passe
Le dithyrambe enflammé du biopic s'étala ainsi pendant un bon 15 minutes. Intervalle au cours duquel ma tendre épouse tenta désespérément, mais sans succès, d'inculquer au personnel en place quelques notions d'œnologie avancées; à savoir : le subtil écart entre un Bourgogne et un Chardonnay.
Une cuisson qui tombe à point
Saoulé par ce déluge informatif d'un intérêt équivoque, j'étais sur le seuil de dévoiler à mon géniteur ma connaissance déjà parfaite du dossier -- l'œuvre apparemment si chère à ses yeux étant justement au cœur d'un éventuel Pulitzer continuellement repoussé aux calendes grecques -- quand sur ces entrecôtes, mon entrefaite arriva.
Coupé dans mon élan contradictoire par la texture carbonisée de cet exquis plat de résistance, j'abandonnai sagement l'idée de contrarier le vieil homme; laissant celui-ci -- une fois n'est pas coutume -- convaincu de sa supériorité intellectuelle à mon égard.
De l'importance d'être inconstant
De retour à la maison, je me gavai sans fin de beignets fourrés à la costarde Tim Horton afin d'oublier au plus vite cette fâcheuse soirée.
Une conclusion salvatrice
Céline Dion, la femme, la légende affirmions-nous quelque part il me semble.
Sans nul doute.
Malheureusement, l'espace rédactionnel de ce billet tirant fortuitement à sa fin, il serait illusoire d'espérer énoncer adéquatement notre pensée éditoriale au sujet de la reine incontestable du trémolo passionné sans risquer de porter ombrage à l'ampleur gargantuesque de son talent.
Que voulez-vous.
Et tout cela est vraiment, mais vraiment trop injuste.
* * *
La semaine prochaine : un compte rendu détaillé de ma rencontre belle-familiale mensuelle dans le confort rustique de la cantine Chez Ti-Wick.
Signé Monsieur Cinécruche, génie fondateur.
Vous pensez que Monsieur Cinécruche devrait prendre exemple sur l'esprit analytique de son géniteur ? Dites-le lui sans crainte sur notre mur de la haine. Ou venez lui faire part de ses nombreuses fôtes d'ortograffes en enregistrant un commentaire ci-dessous.

3 commentaires

Samuel Pothier a dit…

Vous me réjouissez, cher cinécruche, de votre style à la fois simple et sophistiqué. Comme Jean Dion, comme notre Ami Aimable Alphonse Allais.

Et puis, faut reconnaître que votre technique de puiser chez cinémamontréal est INCROYABLE.

Longue vie aux gens d'humour
Vôtrement vôtre,
SP

Angélique Soleil Lavoie a dit…

Playtime met bien en vedette le personnage de Monsieur Hulot, mais il a été fait par Jacques Tati. Tati, qui, sans sa Céline, avait investi puis perdu tout son capital sur ce dit film. Que je touve vraiment hot, nécessairement à cause de sa critique de la (post-?)modernité pis du trop-plein de vitres et de reflets. (J'aime les films trop plein de vitres et de reflets, comme In the Mood for Love)

L'importance d'être constant -> bonne pièce, merci de me le rappeler avec vos clins d'œil. Je me retrouve dans votre humour.

Cinécruche a dit…

@ Samuel
Merci de vos bons mots. Moi qui carbure uniquement à la reconnaissance publique et para-publique, me voilà d'attaque pour entamer un autre mois rempli d'activités des plus fébriles.

@ Angélique
En ce qui concerne ce cher Hulot --- et la paternité apparente de son œuvre --, je crois que mon génie fondateur tentait là un gag, à l'évidence, d'une puérilité rare. Merci de votre commentaire également ;-)