Le billet de Monsieur Cinécruche

Aujourd'hui :
Un billet pour la Saint-Valentin
NDLR : Pour des raisons confuses, Monsieur Cinécruche ne peut vous offrir de contenu original cette semaine. S'inspirant du modus operandi de Richard Martineau depuis plus de 10 ans, il recycle donc ici du vieux matériel depuis longtemps périmé.
Avant-propos merveilleux
On ne le dira jamais assez souvent : dans la tête d'un petit garçon de 8 ans en 1977, Irwin Allen était un véritable génie. "Voyage aux fond des mers", "Perdu dans l'espace" et "Au cœur du temps" délimitaient alors les limites d'un univers fantastique où tout était possible. Qu'importe les scénarios puérils et répétitifs, les dialogues affligeants de pauvreté et les décors en carton-pâte. Qu'importe aussi que les mêmes monstres en rubber et autres extra-terrestres à la peau argenté soient réutilisés jusqu'à plus soif dans les différentes séries du célèbre maître du film-catastrophe. Pour paraphraser l'agent Mulder : "La vérité était ailleurs". Rêver, s'évader d'un quotidien par trop ordinaire, vivre par procuration des aventures extraordinaires; voilà où était l'essentiel.
Analyser l'œuvre du plus grand producteur de tous les temps sans reconnaitre et assimiler cette réalité fondamentale serait farouchement absurde.
Un acte de foi
Mais puisque nous n'en sommes pas à une absurdité près, c'est en faisant gracieusement abstraction de cet élément d'irrationalité affective que je vais maintenant tenter de vous entretenir de ce film-fantasme par excellence qu'est "Dirty Dancing".
L'essence d'une époque
Nous sommes en 1963, quelques mois avant l'assassinat de JFK. Bébé, 17 ans, accompagne sa famille dans un camp de vacances pour gens huppés dans les Catskills. Bonne fille à papa, elle participe docilement aux inoffensives activités offertes par le camp même si l'atmosphère feutrée et le charme suranné de celui-ci semble quelque peu l'ennuyer. Un jour, son attention est attirée par le séduisant instructeur de danse Johnny Castle dont elle tombe secrètement amoureuse. Grâce à un improbable MacGuffin, Bébé deviendra éventuellement la partenaire de danse de Johnny; découvrant, chemin faisant, un monde rempli de sueurs, de passions et de Levis 501 taille haute circa 1986.
L'impalpable recette d'un succès
À la suite du visionnement de "Dirty Dancing", un cinécruche normalement constitué ne peut que s'interroger sérieusement sur les raisons du succès aussi monstrueux qu'inattendu que ce film a obtenu -- et continue toujours d'obtenir -- auprès d'une certaine clientèle-cible. Anachronismes multiples, scénario controuvé cousu de fil blanc, réalisation terne digne d'un téléfilm et personnages stéréotypés à la psychologie dissonante; rien, dans le cœur de ses admiratrices, ne semble vouloir arrêter ce prodigieux "train qui file dans la nuit".
Pourquoi ? La raison est simple et ne porte qu'un nom : Patrick Swayze. L'air rebelle et le muscle saillant, Swayze tient carrément le film à bout de bras. Sans lui tout s'effondrerait comme un misérable château de cartes et les dévédés de "Dirty Dancing" se retrouverait aujourd'hui dans les bacs à 99 ¢ chez votre détaillant à grande surface favori. Quant à Jennifer Grey, beaucoup trop vieille pour son rôle de jeune midinette *, elle fait de son mieux; quoique parfois, le mieux est l'ennemi du bien.
(* Oui je sais, "jeune midinette" est un pléonasme vicieux mais nous n'en sommes pas à un pléonasme vicieux près non plus. Notons par ailleurs que Swayze, à la lecture du scénario, n'était guère enthousiaste pour ce projet, n'y voyant qu'une histoire plutôt proprette et sans grand intérêt. Nous désirons prendre l'espace qui nous est alloué entre ces deux parenthèses pour y souligner, à titre posthume, la grande acuité intellectuelle de Patrick Swayze.)
Une indulgence qui m'honore
Soyons bon prince et soulignons toutefois la scène entre Bébé et Johnny au son de Lover Boy. Un vrai moment de cinéma. Regrettons toutefois que ce moment ne dure que 70 secondes. Eussions-nous eu droit à davantage de séquences semblables que la qualité du film en eu été profondément rehaussé. Mais à quoi bon se formaliser de considérations aussi futiles puisque ce film, en définitive, défie toute critique.
Une conclusion lapidaire
Authentique bleuette sans conséquence, sinon que favoriser les ventes de sa trame musicale au détriment de la cohérence historique du récit, "Dirty Dancing" défie aussi toute logique; et, à l'image de son héroïne, il est de cette race de film qu'on ne peut pas mettre dans un coin.
Peu importe ce que cela veut dire.
* * *
La semaine prochaine, j'invoquerai à nouveau mon vaste corpus littéraire en vous proposant une remarquable dissertation écrite en secondaire 2.
Signé Monsieur Cinécruche, génie fondateur.
Vous trouvez que Monsieur Cinécruche fait dur de nous livrer du vieux stock de même ? Blastez-le sans crainte sur notre mur de la haine. Sinon, venez le combler de superlatifs en enregistrant un commentaire ci-dessous.

Aucun commentaire. Soyez le premier à dire des niaiseries !