Le billet de Monsieur Cinécruche

Aujourd'hui :
La mémoire de notre mémoire
Avant-propos aux ramifications insoupçonnables
Dans une bien vaine tentative de fuir le poids des années qui sans cesse se rappelle à moi (c'est une image), je suivais récemment, avec une assiduité quasi maladive, les palpitants gazouillis de @ladygaga confortablement installé dans le confort de mon foyer propre.
L'œil vif et le cliquetis agile, j'étais littéralement copié-collé à ma fenêtre de navigation; ne voulant rien manquer des tribulations de la flamboyante chanteuse platine et digne héritière de @patsygallant.
Le suspense était à son paroxysme -- et toutes les expectatives permises --, quand soudain, je fus contrarié, à mon plus grand déplaisir, par l'arrivé fortuite de la dernière pensée hautement transcendante de @hugodumas, chroniqueur-télé émérite et maître incontesté en aphorismes bon marché.
Était fait mention, en vrac, de bandes originales, d'Épopée Rock, et de destruction massive du patrimoine télévisuel québécois.
Trois éléments épars qui, une fois combinés, eurent sur moi l'effet d'une bombe.
Une perte inestimable
Libre à vous de considérer la chose avec désinvolture, mais, pour ma part, savoir les sublimes pitreries de Monsieur Popol reléguées ainsi aux oubliettes de l'Histoire -- ou, pire encore, dans la lugubre insalubrité d'un sous-sol de Laval-des-Rapides, disséminées ça et là, au fond de ces quelques boîtes en cartron pourrîtes bourrées jusqu'à rebord de cassettes S-VHS passées date -- rempli mon cœur d'une infinie tristesse. Et me pousse à m'interroger sérieusement sur la valeur que nous accordons, comme société, à la préservation des artéfacts culturels que nous créons, au gré des saisons, en cette terre d'Amérique française.
Ainsi parlait Alain Zouvi
Destruction du patrimoine télévisuel, soit. "Mais qu'en est-il du patrimoine cinématographique ?", vous inquiétez-vous sans doute -- euphorique -- entre deux victoires consécutives de Canadien.
Voilà une question qui mérite amplement d'être posée et dont l'imminente réponse saura certainement apaiser, à plus d'un titre, le fin connaisseur que vous êtes.
Le triomphe de la volonté
Heureusement pour nous, pauvre masse laborieuse réclamant sans cesse notre lot quotidien de divertissements propre à engourdir ce dangereux esprit de rébellion larvé qui nous anime, un homme veille. Cet homme, dont la réputation de grand mécène n'est plus à faire, a mis sur pied, dans un passé récent, l'initiative Éléphant avec pour but « d'assurer l'accessibilité, la pérennité et le rayonnement du patrimoine cinématographique québécois ».
Vaste programme, certes. Mais, connaissant la pugnacité de l'homme en question, tout est possible. Ou plutôt, rien n'est impossible.
Éléphant, mémoire du cinéma québécois (Illico, canal 900)
Toujours selon une source proche du dossier, « ...quelque 800 longs métrages québécois seront petit à petit transférés sur support numérique. En plus de permettre une large diffusion, la numérisation assurera la pérennité des longs métrages, dont certains ne sont disponibles que sur leur support original. Ils sont donc vulnérables et rarement accessibles. »
Bref, l'impossible rêve de l'amant transi du cinéma québécois devenu enfin réalité.
Le sympathique pachyderme mis à l'épreuve
Afin de juger par moi-même les vertus de l'éléphantesque entreprise, j'ai pris sur moi l'enivrant fardeau de revisiter -- dans son intégralité intégrale -- l'impérissable classique du cinéaste Roger Cardinal et œuvre-phare du cinéma-vérité des années 70 : Après Ski.
Le verdict ? Proprement épatant.
La minutieuse restauration effectuée par l'équipe d'Éléphant insuffle une vitalité difficilement concevable au chef-d'œuvre de Cardinal. Quelle différence avec la pitoyable version présentée jusqu'à plus soif le samedi soir dans le cadre d'une émission destinée à un public friand de plaisirs cinématographiques illicites.
Désormais, c'est avec une sidérante acuité qu'il nous est permis d'admirer, dans sa troublante intimité, les fourmillants détails de la pigmentation narinaire de Daniel Pilon. Et ce, dans une splendeur n'ayant d'égale que les frémissantes courbes d'une jeune et sémillante Angèle Coutu.
Ou peut-être était-ce Janine Sutto ?
Doux fantasme cinématographique d'une époque révolue.
Et que dire des scènes misant subtilement sur le fort potentiel comique du célèbre clown Patof en barman aussi borgne que déluré ? J'aimerais répondre « Du bonbon ». Malheureusement, mon attention s'étant plutôt focalisée sur la plantureuse Céline Lomez, peu de chose en fait.
Vraiment, cette restitution numérique haute définition est incontestablement à la hauteur de l'indomptable génie de Roger Cardinal.
Chapeau bas à l'équipe d'Éléphant pour ce remarquable travail de préservation.
Passeport pour l'éternité
Personnellement, c'est dans un état d'hystérie à peine contenu que j'attends la numérisation prochaine du chef-d'oeuvre absolu de Cardinal *, et véritable œuvre-étalon en son sous-genre : « Dracula, Live from Transylvania ». Avec George Hamilton.
Et Léo Ilial.
(* Il est à noter, pour complément de programme, que Roger Cardinal est également l'auteur de la brillante série sur René Lévesque. Mais pas vraiment celle avec Emmanuel Bilodeau. L'autre.)
Une désopilante conclusion
En terminant, je m'en voudrais énormément de passer sous silence, avant d'aller faire des choses beaucoup plus intéressantes, le blogue du cinéaste de renommée internationale Claude Fournier.
Le fabuleux blogue, tenant justement résidence sur le site ouèbe de l'initiative Éléphant, est une authentique mine d'or d'anecdotes sur le cinéma québécois toutes plus savoureuses les unes que les autres.
Ainsi, saviez-vous qu'à l'époque « le public faisait la queue pour voir Deux femmes en or » ?
Qu'est-ce qu'on s'instruit.
Et comme il est bon de constater que Claude Fournier -- l'homme derrière l'inoubliable postiche de la série Félix Leclerc « dont le public a été détourné par d’odieuses déclarations » -- n'a rien perdu de sa verge verve légendaire.
(Ou si peu.)
À vous, cher confrère blogueur, et à Roger Cardinal, je dis, dès à présent et sans ambages :
"Salut, l'artiste !"
* * *
Dans une prochaine édition, je tenterai de m'enthousiasmer pour la version collectionneur en Blu-ray du film "La Pomme, la Queue et les Pépins".
Signé Monsieur Cinécruche, génie fondateur.
Vous pensez que Monsieur Cinécruche a décidément bon goût ? Faites-le lui savoir en enregistrant un commentaire ci-dessous. Ou couvrez-le de bêtises sur notre mur de la haine.

7 commentaires

Samuel Pothier a dit…

Vous êtes bien comme Alexandre Vialatte, on ne peut jamais connaître « sans ambages » votre opinion sur un sujet : tout demeure ambigu.

Et c'est comme ça qu'on vous aime, parce que c'est débonnaire et implacablement efficace.

En d'autres temps, vous auriez brûlé pour hérésie ; aujourd'hui, vous risquez comme plus élevé tourment la venue en horde de galopins persuadés qu'un texte se doit de prouver quelque chose. Des propos incendiaires, mais pas de bûcher.

Et c'est ainsi qu'Allah est grand.

Cinécruche a dit…

J'accepte volontiers l'accolade "débonnaire", cher Samuel !

Pauline a dit…

J'appartiens à une génération capable de se souvenir de la chanson thème du film " Après ski " qui s'appelait je crois " Après ski ", interprétée par Céline Lomez, celle dont le jeu dépouillé a impressionné les foules. Je n'avais point l'âge de voir ce film démoniaque mais à la radio AM, la chanson ne cessait de tourner... Misère, Monsieur Cinécruche, vous me l'avez mise en tête...

Cinécruche a dit…

Pour vous chère Pauline, un lien épatant.

Avec mes compliments.

Anonyme a dit…

L'écriture est élégante, (à part quelques fautes d'accord), mais franchement "Après-Ski" n'en méritait pas tant!

Cinécruche a dit…

Bienvenue parmi nous Monsieur Fournier !

Samuel Pothier a dit…

L'art du chroniqueur est de prendre le matériel le plus inusité pour en faire une fusée d'artifice.

Anonyme Fournier n'est pas très porté sur l'humour littéraire, mais on lui enseignera à sourire en lisant même vos fautes d'accord !