Le billet de Monsieur Cinécruche

Aujourd'hui :
Bouffe et cinéma
Avant-propos gourmand
Une étude empirique de ma circulaire Canadian Tire le confirme, le printemps est à nos portes. « Le début d'un temps nouveau », comme le chantait l'égérie, voluptueuse et sensuelle, dans une ritournelle allégorique d'un sentimentalisme suranné.
Porté par cette fièvre printanière où tout semble possible -- même une participation improbable de Canadien en 18ième de finale -- l'idée me vint de saisir le moment afin d'assouvir à nouveau ce désir lubrique qui, en fin de compte, nous tenaille tous : m'empiffrer sans fin d'oreilles de christ à volonté et autres victuailles séculaires d'un exquis raffinement.
Aspirant conciclier goinfrerie saisonnière avec une bonne dose de m'as-tu vu, c'est dans un état d'exaltation ayant peu d'égal (sauf, peut-être, le gloussement primesautier d'une jeune adepte de Twilight) que j'envisageais déjà mon départ vers la cabane à sucre "Au pied de cochon"; un établissement culinaire aux innombrables étoiles * et dont le menu fretin suscitait en moi les plus vives espérances.
(* Admirez tout de même l'utilisation remarquable de cette périphrase à double-sens unique; laquelle me rapproche -- inéluctablement -- d'un éventuel Pulitzer qui, si j'en crois les entrailles de ma connexion moyenne vitesse, ne saurait tarder.)
Très fin gastronome dont la réputation médiatique surfaite n'est plus à faire. (Crédit à Urbania.)
Une symphonie de saveurs inachevée
Les mots sont vains pour décrire l'inexpugnable désarroi dans lequel fut plongé, sans appel, chacune des fibres de mon corps, des suites de cette sentence, implacable et tragique :
« NOUS SOMMES COMPLET POUR LA SAISON 2010! ».
Des lendemains qui chantent
Mais puisque « L'espoir des hommes, c'est quelque chose d'important », remercions André Malraux de son infinie sagesse.
Et sublimons plutôt ce désespoir malsain dans un réjouissant florilège cinématographique ayant comme thème central -- et parfois même latéral -- cette discipline racée que l'on pratique avec passion dans toutes les Cages aux Sports de la province : l'art culinaire.
Bienvenue aux dames.
Pour le plus exigeant des palais
L'aile ou la cuisse (1976)
N'importe quel œnologue averti vous le confirmera, 1976 fut une année de très grand cru. Et "L'aile ou la cuisse" en est la quintessence filmique. Une désopilante comédie bien sûr, mais, plus encore, l'éternel combat entre fine cuisine française et les forces obscures du prêt-à-manger. L'union fortuite du génie comique de Louis de Funès et de l'air parfaitement ahuri de Coluche fait des merveilles. Soulignons aussi la présence épatante de Julien Guiomar, truculent, dans le rôle de l'infâme Tricatel et l'inoubliable thème musical, virevoltant, de Vladimir Cosma. Au final, une éclatante victoire du bon goût signée Claude Zidi.
Du soya et des hommes
Soleil Vert (1973) et L'Homme-Oméga (1971)
Admirable diptyque sur les méfaits des Omega-3 doublé d'un réquisitoire fiévreux sur l'importance d'une saine alimentation, cette œuvre forte et prémonitoire fut cruellement boudée par les critiques de l'époque. Dans la peau d'un personnage taillé sur mesure (celui d'un vieux réactionnaire misanthrope) Charlton Heston est bouleversant. Un pamphlet grave et pessimiste sur notre sombre destinée gastronomique. Sa terrifiante conclusion prophétise la naissance du poulet Pop-Corn.
SUPER - MÉGA - SPOILERS - ALERTE
Si l'œuvre en question vous est inconnue, n'écoutez surtout pas   cette troublante vidéo.
(On vous aura prévenu.)
Un festin pour l'esprit
La Nourriture des Dieux (1976)
Un engrais transgénique fait des ravages sur la terre d'un vieux fermier. Œuvre maîtresse du légendaire Bert I. Gordon (B.I.G. pour les intimes), cette fable écologique sur les dérives de l'industrie agroalimentaire demeure, aujourd'hui encore, d'une sidérante acuité. La séquence de l'attaque des poulets géants est célèbre. Et marqua, profondément, la conscience de l'illustre David Suzuki. Également du même auteur : "L'Attaque des sauterelles géantes", "L'Attaque des araignées géantes", "L'Attaque des fourmis géantes", sans oublier le sublime "L'Attaque du colosse géant" et sa suite "L'Attaque du colosse géant contre-attaque".
À s'en lécher les doigts
Mauvais goût (1987)
Oubliez "Fast food nation" et autre "Super Size Me", seul "Mauvais Goût" expose crûment et sans complaisance la problématique des chaînes de restauration rapide. Avec ses hamburgers inter-galactiques à base de cervelles humaines, le film-choc de Peter Jackson vise juste. Traitement outrancier et démembrements multiples, rien n'est laissé au hasard pour stigmatiser l'attention du spectateur face aux périls de la malbouffe.   Fort de cette réussite, Jackson poussera d'ailleurs sa réflexion un cran plus loin avec son époustouflante séquelle "Braindead".
Une conclusion 4 étoiles
Mais que serait une anthologie mariant si habilement plaisirs gastronomiques et septième art sans un clin d'oeil ému à la fameuse scène de Monsieur Creosote ?
Je vous le demande.
Voici donc, pour votre plus grand délice gustatif, cette mémorable pièce de résistance qui résume, à elle seule, toute l'absurdité de notre condition humaine.
Bonne appétite.
* * *
Dans un prochain billet, nous éviterons soigneusement de citer "Platoon" et "Apocalypse Now" dans un brillant palmarès ayant comme thématique principale la guerre du Viêt-Nam.
Signé Monsieur Cinécruche, génie fondateur.
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2 commentaires

Samuel Pothier a dit…

Amour du cinéma et amour de la bouffe combinés : vous êtes un maestro, génie fondateur, un succulent maestro.

Angélique Soleil Lavoie a dit…

Il me semble que j'avais aimé Jacob's ladder, quand je l'avais visionné il y a quelques années.