Le cinéma par la bande - Avec Évan G. Lyon

Préface
Cinécruche et Cie viennent enfin de payer ma caution (on m'a surpris en train de réciter un sonnet de Verlaine à un écureuil roux au jardin botanique) et m'ont rationnellement persuadé, à l'aide d'un couteau long comme une pagaie, de participer à l'essor culturel de leur plateforme virtuelle. C'est avec grande joie que j'interromps donc l'écriture de mon important ouvrage philosophique « les Confessions d'un fromage anormal » pour inaugurer cette chronique outrageusement pertinente. -- Évan G. Lyon
Aujourd'hui :
Petite histoire de la bande-annonce
Introduction
Les origines de la bande-annonce remontent à la plus haute Antiquité, tout comme la femme et l'aérobie. Or, l'invention tardive du cinématographe ralentit considérablement l'application des théories de Socrate, Sénèque et plus tard Kant sur les rouages d'« une bande-annonce en harmonie avec la moralité transcendante de l'univers, mais pas nécessairement tous les jours » (Critique de mon voisin Léopold, Emmanuel Kant, p.87 aux éditions Mal de Vivre). Cette lacune technologique convaincra par ailleurs Leibnitz qu'il n'habitait pas le meilleur des mondes possibles, et conséquemment qu'il payait son loyer beaucoup trop cher.
Nous devons attendre 1913 avant de voir apparaître le premier prototype. Le spectateur assistait alors à un montage de courtes séquences de voitures et chariots traînant une remorque, où il pouvait lire en superposition l'énoncé « Ne soyez pas à la remorque de vos amis, allez voir le nouveau film de … ». Les célébrités et intellectuels de l'époque furent ravis de cette tentative : Max Linder parlait avec engouement de la plus grande révolution culturelle depuis la poubelle à pédale, tandis que George Bernard Shaw y voyait la fin imminente de l'Histoire; l'humain avait à nouveau prouvé sa supériorité sur les espèces animales inférieures comme la fauvette ou le fonctionnaire municipal. Fait notable, le populaire terme anglais trailer prendra source de cette première réussite.
Premiers balbutiements de la bande-annonce. En arrière-plan, le mythique chariot allégorique.
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Suite à de nombreuses et fructueuses expérimentations, la bande-annonce telle que nous la connaissons aujourd'hui – clinquante, grotesque et tonitruante – vint à naître.
Afin d'alléger cette présentation, rappelons seulement l'importance des essais qu'entrepris Stanley Kubrick pour promouvoir son mémorable « Lolita ». Kubrick expérimenta d'abord l'usage de la menace, prononcée avec une voix forte et bien modulée, ce qui lui valut une incompréhension générale et quelques blâmes; par la suite, on vit dans les salles de cinéma des séquences de son film accompagnées d'autres où s'agitaient des gens éplorés au-dessus de sépultures artisanales, attentifs au sermon d'un abbé annonçant que les portes du Paradis ne s'ouvriront point « aux gens de peu de culture ». Bien que ces techniques d'amorces aient été abandonnées presque immédiatement dans le domaine cinématographique, elles font encore long feu dans les cercles mafieux et en politique, mais nous nous répétons inutilement.
La bande-annonce dépouillée
Il est bon de se remémorer les subtils mécanismes de la bande-annonce en guise de prélude aux discussions de cette chronique, et aussi de manière à me procurer un alibi implacable si quelque chose devait survenir à ma femme de ménage hollandaise dans les trente prochaines minutes. (Celle-ci cache la poussière sous le grand tapis du salon, et lorsque je lui en fais le reproche, elle me frappe inévitablement sur la tête avec une facture de restaurant pliée en 4.)
Image de crème béchamel ayant peu rapport avec le présent texte.
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Primo, la bande-annonce est constituée de séquences d'images extraites d'un film quelconque que l'on agence pêle-mêle afin d'offrir au spectateur ébahi l'illusion burlesque d'une aventure cinématographique ayant réponse à tous les sujets de l'existence, et parfois un peu plus.
LA question primordiale de nombreux cinéphiles étant :
« Y aura-t-il suffisamment d'effets pyrotechniques ? »
Question récurrente chez les individus souffrant du « syndrome du Big-Bang », les réalisateurs espiègles précipitent explosions et hémorragies dans les derniers instants de la vidéo afin d'en imprégner les souvenirs de l'esthète. Une anecdote sur ce sujet : l'aguiche de « Annie Hall » plaçait en exergue la conduite automobile périlleuse de Diane Keaton et Woody Allen, et encore aujourd'hui, certains attribuent erronément à cette comédie romantique l'inspiration nécessaire aux films « Rapides et dangereux ».
Les bandes-annonces sont souvent trompeuses.
Un exemple prouvant possiblement le contraire.
Car, nous l'aurons compris, qui dit bande-annonce dit manipulation, et qui dit manipulation évoque en réalité la trop basse fréquence de ses rapports sexuels -- mais essayons de feindre un peu de cohérence dans ce monde absurde et revenons-en à nos moutons. Les moutons sont laineux, bêlent incessamment et figurent dans toute peinture pittoresque, ce qui nous permet de nous distancer considérablement de cette consternante beauté du corps appartenant au sexe désiré. Résumons-nous : il est préférable de pratiquer la manipulation dans la chambre à coucher plutôt que dans une salle de cinéma, si ce n'est que pour ne pas renverser sa boisson gazeuse.
On notera aussi l'insertion de musiques pathétiques et wagnériennes pour sublimer le flot chaotique des images, bien qu'il arrive que ce soit l'inverse à la grande perplexité de tous.
Et c'est ainsi qu'Allah est grand
Voilà les fondations de notre prodigieuse entreprise posées.
Nous pourrons, lors des prochaines semaines, analyser avec une minutie et une sagacité peu commune les outils promotionnels des œuvres cinéphiliques dans leurs historicités relatives. Cela dans un esprit toujours plus digressif, en pastichant d'honorables auteurs méconnus.
Toutefois, si le Génie Fondateur (dont Monsieur Cinécruche est l'avatar terrestre) m'en octroie le droit exclusif, j'entends promettre un prochain babillage au sujet de ces éternels insatisfaits et empêcheurs de tourner en rond professionnels : les critiques de cinéma.
Vôtrement vôtre Évan G. Lyon, marxiste tendance Groucho.

3 commentaires

Évan G. Lyon a dit…

Heureux que vous ayez trouvé des qualités dans ce texte, Monsieur Cinécruche !

HAL 9000 a dit…

Pas mal pour un débutant. Vos points de vues philosophiques n'ont d'égal que ceux de Chandra, mon concepteur.

Je me tarde de lire vos prochaines interventions.

En attendant, voulez-vous jouer une partie d'échecs avec moi ?

Votre ami,

Hal

Évan G. Lyon a dit…

Je vous félicite d'apprécier, cher Hal, car il faut une bonne dose de courage pour se plaire dans l'absurde comique de notre existence !


Sur d'autres chantiers, voilà que je trouve cinq chroniques de cet illustre auteur méconnu, Alexandre Vialatte, dans les Internets. En voilà un qui avait le don de l'écriture.

http://avialatte.free.fr/chat.htm