Le billet de Monsieur Cinécruche

Aujourd'hui :
La saison Cinéma
Avant-propos politique
La montée fulgurante du prix de l'essence, notre pouvoir d'achat sans cesse réduit à une peau de chagrin, scandales, magouilles et collusions érigés en système, le retour à la maison avec Patricia Paquin;
trop nombreuses sont les vicissitudes de cette vie
postmoderne qui nous accablent, maelström d'événements troublants sur une mer déchainée que même le verbe fort et vrai d'un animateur de radio héroïque ne saurait apaiser.
Résignation, cynisme et apathie sont le triumvirat d'un inextricable bourbier dont on a peine à se soustraire.
Extrait A.
L'homme à la si fière casquette a une fois de plus raison. Et résume, avec une éloquence rare *, cette évidence : Nous vivons dans un climat appréhendé de corruption systémique, magnifié par un désabusement collectif envers notre classe dirigeante.
* * *
(* Une éloquence si rare en fait, que, personnellement, je la cherche encore.)
Du pain et des oeufs
Bref, l'ambiance est lourde; et l'espoir, ténu.
Quoi de mieux, dès lors, qu'une soirée strass et paillettes bien de chez nous pour faire fi de ce constat des plus lucide (et autres admonestations répétées d'un ancien premier ministre confondant avec un aplomb admirable "intérêts supérieurs de la nation" et "rémunération pécuniaire dans les 6 chiffres") et fuir plutôt, tel la proverbiale autruche, la triste réalité des choses, subrepticement,    ne serait-ce que l'espace d'un instant ?
Canadien faisant relâche ce soir-là : rien d'autre, j'en ai bien peur.
Go West, young man
Mais avant de causer grande fête du cinéma québécois, retour sur un évènement presque aussi important.
Car il vous tarde sûrement de connaître, avec un bon deux
semaines de retard, la réponse à cette épineuse question :
« Pis Incendies, y'a-tu gagné aux Oscars ? ».
Donc, sans plus tarder, direction Hollywood pour une première escale de cette chevauchée fantastique célébrant la puissance des images en mouvement, et ce que nous appellerons affectueusement : « la saison Cinéma ».
Que la fête commence !
Ainsi, c'est le 27 février dernier qu'avait lieu la 83ième remise annuelle des fameux prix Oscars; distinction ultime de ces futurs immortels, héritiers spirituels des Douglas Fairbanks et Mary Pickford, et incomparable placebo pour toutes sortes d'affaires plates laborieusement abordées en exergue de ce texte.
Dans le fol espoir de rajeunir la vétuste cérémonie (révolution Facebook oblige), l'animation fut confiée, au terme d'une compétition féroce de roche-papier-ciseau, au gars qui jouait le fils du méchant dans les films de Spiderman, accompagné, pour le plaisir de ces messieurs, par la sémillante et aérienne Anne Hathaway; la Julie Snyder des américains.
Un duo, à première vue *, des plus épatant.
(* Une deuxième analyse risquerait, cependant, de briser vos belles illusions.)
Même le commanditaire officiel Listerine fut mis à profit pour insuffler à la cérémonie un irrésistible vent de fraîcheur.
Nasty, nasty boy
À ce propos, permettez moi de saluer ici l'infinie sagesse des membres de l'Académie des prix Oscars. Une sagesse ayant su nous préserver, Dieu merci, des grossières facéties d'un trublion de mauvais goût, apôtre sans remords d'un humour bête et méchant, et, est-ce possible, athée impénitent.
Une soirée haute en couleur
Et en surprises !
D'entrée de jeu, le ton fut donné : un montage fort inventif projetant nos deux co-animateurs dans l'univers filmique des principaux nominés, et permettant à l'auteur de ces lignes un aller-retour express au dépanneur Chez Marie.
Heureuse initiative, puisque les croustilles au bon goût de BBQ à l'ancienne était justement en spécial ce soir-là.
Par la suite, il parut évident que même la sobriété exemplaire d'un James Franco (y allant de sa meilleure imitation de Joaquin Phoenix; mais avec pas de barbe), ne saurait arrêter ce rouleau compresseur de gags, apartés badins et autres traits d'esprits si finement ciselés.
Défilé ininterrompu de stars, prouesses techniques sans pareilles, hommage bien senti à l'Histoire du cinéma, apparition ubuesque d'une légende d'autrefois, Céline Dion, rien ne fut laissé au hasard pour faire bon effet.
En de nombreuses occasions au cours de cet interminable gala, on eut presque envie de rire. Vraiment, chapeau bas à l'armée de 72 scripteurs ayant su concilier avec un égal bonheur franche rigolade pour tous et réparties espiègles pour initiés.
* * *
Ayant maladroitement égaré mes dévédés de Perdus dans l'espace (bien triste ironie), il y a longtemps que je ne m'étais diverti à ce point !
D'ailleurs, et au risque de sombrer dans le royaume hasardeux des lieux communs et phrases toutes faites (un endroit merveilleux où il fait bon vivre), nous résumerons la soirée en ces quelques mots :
« La magie hollywoodienne à son paroxysme. »
Le couronnement d'un Roi
Pour ce qui est des lauréats, que dire ? Sinon que les membres de l'Académie auront été, une fois de plus, à la hauteur de leurs augustes réputations. Car si l'œil du profane n'y aura vu que du feu, la nature des gagnants était, pour l'érudit, presque aussi prévisible que l'inéluctable exaspération d'un invité de Christiane Charette.
« De quoi tu parles ? », vous objectez-vous sans doute, stupéfait, devant l'audace d'une telle assertion.
Je vous parle bien sûr de tradition. De celle régissant, depuis toujours, l'attribution des fameux prix Oscars. Une tradition séculaire, transmise de génération en génération, et instituée, selon les préceptes du grand réformateur légiste Shang Yang *, par monsieur Oscar Wong lui-même, célèbre personnage dont il fut déjà fait mention en ces pages, et illustrissime fondateur de l'Académie du même prénom.
Or, fidèle à elle-même, la tradition a parlé. Et, en ce sens, comment ne pas voir dans le triomphe d'un film à la morale si délicieusement édifiante le couronnement suprême de cette inaltérable tradition d'excellence.
(* On regroupe sous l'appellation de légistes un ensemble de penseurs chinois ayant vécu dans un fort lointain passé. Leur "réalisme politique", mâtiné de gros bon sens et de châtiments corporels multiples, a mené à une mise en œuvre tyrannique du pouvoir malheureusement rejetée et dont on se réclamera rarement par la suite. Sauf, parfois, lors de la remise de certaines récompenses destinées à de jeunes starlettes éphémères et/ou vieux croutons gâteux sur le retour. Source: Wikipédia.)
Les Prix Oscars : mode d'emploi
Colorés personnages d'autrefois, dont l'apparition fortuite réjouira, à coup sûr, les plus nostalgiques d'entre nous.
- « Qu'est-ce que tu dis Tapageur ? », s'inquiète soudain le sympathique héros de notre enfance.
- « Les tout-petits à la maison ne connaissent pas la signification du mot "édifiant" ? », poursuit-il, d'un ton bonhomme; sous l'œil goguenard de sa petite sœur, la marionnette.
- « Qu'est-ce que tu fais Bobino ? » demande justement la marionnette; tandis que l'homme au costume rapiécé dépose devant lui un grand livre poussiéreux.
- « Eh bien Bobinette, quand on ne connait pas la signification d'un mot, tu sais ce qu'on fait ? »
- « Qu'est-ce qu'on fait, grand frère ? »
- « Quand on ne connait pas la signification d'un mot Bobinette, on regarde dans ce grand livre magique qu'on appelle "un dictionnaire". »
- « Un dictionnaire ? », s'étonne la marionnette.
- « Oui, oui, un dictionnaire ! Voyons voir. Édifiant... édifiant... Ah ! Nous y voilà. Édifiant : "Qui porte à la vertu et à la piété par l'exemple ou par le discours." »
- « Par le discours ? Comme celui d'un roi, Bobino ? »
- « Comme celui d'un roi, Bobinette. »
Pis !? Incendies !? Y'a-tu gagné !???
Toujours dans le palpitant domaine des contes allégoriques à 5 sous, regrettons la malheureuse défaite du film de Denis Villeneuve, Incendies au profit d'un autre film. Et ce, malgré la magistrale prestation de Maxim Gaudette, fabuleux, dans le rôle d'un arabe.
Représentation tout aussi allégorique de l'incomparable charisme de Maxim Gaudette.
Une conclusion en forme de coït interrompu
Spécimen type de la grande famille du cinéma québécois et glorieux baromètre capillaire de sa remarquable vitalité.
Et la grande fête du cinéma québécois, dans tout ça ?
En ce moment précis, et pour ne rien vous cacher: assez loin de mes préoccupations merci.
Mais puisque vous semblez insister avec tant d'allant, soyons bon prince. Et clôturons cette chronique sur une note d'espoir avec les propos lumineux d'un homme qui l'est tout autant.
Extrait B.
Sincèrement et du plus profond de mon cœur : Merci Jeff.
* * *
Dans une prochaine édition, ma critique extatique de l'immortel chef-d'œuvre de Leni Riefenstahl, Triumph des Willens.
Signé Monsieur Cinécruche, génie fondateur.
Vous pensez que Monsieur Cinécruche est mûr pour une belle chemise brune ? Faites-le lui savoir sur notre mur de la haine. Sinon, enregistrez votre amour inconditionnel ci-dessous.

2 commentaires

alacor a dit…

Je ne sais pas si Monsieur Cinécruche est mûr pour une chemise brune, mais le beau Jeff, tant qu'à moi, ça fait longtemps que c'est fait. "Quand on me parle de culture, je sors mon revolver." (Phrase attribuée, entre autres, à Goebbels.) Moi, quand on me parle de Jeff Fillion, je sors mes vidanges. En laissant une longue traînée de vomi derrière moi. Malodorante. Et glaireuse. Et fumante. Comme le fil de sa pensée... Lâche pas, mon Jeff! Continue à péter par la bouche!

Cinécruche a dit…

Ah ce cher Joseph G. ! Mon petit doigt me dit que mon nouvel ami Jeff se serait entendu comme larrons en foire avec le fameux David O. Selznick des allemands ! Mes avocats, quant à eux, me conseillent plutôt d'éviter ce sujet beaucoup trop glissant; pour cause d'une éventuelle et fort probable poursuite en diffamation.